lundi

Tout ça ne m’arrive pas

Car

Il ne m’arrive rien

Si

Un jour on a voulu

Un jour

On a voulu

On

A voulu

On a voulu me casser

La gueule

Me casser

La gueule

Me casser

Me casser

On a voulu

Mais

On n’a pas voulu

Non

Jamais

Me caresser

Ça, ça ne m’arrive pas

Ça ne m’arrive pas


Je vis sans


Le monde est confus

Ce n’est pas sans vertige que

Le monde est confus


Le monde est confus –

Ce n’est pas sans vertige que

Ça ne m’arrive pas

Je voudrais pourtant

Je voudrais bien

Et pourquoi pas tiens

Un garçon

Oui

Un garçon

M’accoste

Il me dit un truc

Juste un truc

Le garçon

C’est l’amour ça

C’est l’amour ?

Un truc doux

Il me dit


Mais non :

Rien

Une pute

En face de la synagogue

Une pute

Larges bottes

Larges cils

Claque un chewing gum


Un peu

Plus loin deux garçons – les jolis

Sans ride

Rient


Et tu crois

Que je ne l’ai pas vu

Ton petit cul

Manger l’orange

Première chose : manger l’orange

Non

Première chose : allumer le chauffage

Non

Première chose : ouvrir la porte

C’est ça

Première chose : ouvrir la porte

Deuxième chose : allumer le chauffage

Troisième chose : se laver les mains

Quatrième chose : manger l’orange

Manger l’orange

On ne m’a jamais allumé

Comme toi

Tu comprends ?


Et là je te vois

Je ne te touche pas

Tu ne me touches pas

Pourtant

J’ai sous ma peau

Le souvenir

De toi


Sous ma peau

D’une soie

D’une soie

J’ai souvenir de toi

Je me perds

Tu me vois, là ?

Je me perds

Oui c’est

Des labyrinthes

Partout

Qui mènent à toi :

C’est l’amour ça

C’est l’amour ?

(Croquer

Croquer

Dans ce sourire

Impie)

Je me perds

Tu me vois, là ?

Je me perds

Oui c’est

Des labyrinthes

Je ne te touche pas

Tu ne me touches pas

Pourtant…


J’ai souvenir

D’une soie

D’une soie

J’ai souvenir de toi

Maintenant je vais courir un peu

Ensuite, bon, une petite sieste.

Faudra bosser

Mais surtout après j’irai

Enfin

Boire une bière avec des

Avec

Avec des potes

Ah oui

J’aurais mangé avant

Et je boirais

Beaucoup

De bière

Enfin

D’autres trucs aussi

Voilà.

T’as pas cru que j’allais m’arrêter là non ?

T’as cru quoi.

Que j’allais taire mon goût pour

Ça me fatigue

De toujours chercher

A éteindre mes feux

C’est pour ça que je bois

Des canons

Avec

Des potes avec des potes

Et il m’arrive

Rien

Il m’arrive

Rien

De me bourrer la gueule

Avec

De la nourriture

Mais quand je vais courir ça va.


Et de la bière.

C’est vrai que je crois bien que j’aime

La bite.

Et les garçons qui vont avec oh oui les garçons

Les fesses des garçons

Les hanches des garçons

Les tétons des garçons

Les nuques des garçons

Les ventres,

Qu’on dit stériles et qui recèlent

Tant d’organes tant d’émois


Et les couilles et les bites

On va pas en faire un fromage

Une fleur

A la bouche

La tige

Humide

Me brûle les lèvres

Ah s’il ne fallait

Un peu d’amour

Dialoguons

« T’aimes la bite ?

- oui j’aime la bite. »

Pour être franc


Reprenons

« T’aimes la bite ?

- J’aime l’idée d’un homme ému, haletant, impatient, pendant que je lui suce la bite »

Pour être exact.


Ou la langue

Je lui lèche la langue les aisselles et le trou du cul

On ne m’a jamais allumé comme

Toi tu m’as

Embrasé

Tu m’as

Incendié


Au lance-flamme


Et brûlé

Les lèvres

Je rêve

Il me faut un exercice pratique

Une étude

Bref

Une bite.


Car


Je veux écrire ce livre mais ne sais provoquer – ni ne souhaite

Vivre

La vie sordide d’un pédé

D’un pédé sordide


Et si j’avais dû

Faire la pute

Hein ?


J’aurais pas mangé tous les jours


Sucer des bites

Sucer des bites


Si j’avais dû sucer des bites

N’aurais-je pas su écrire

D’autres livres ?


Slurp slurp

Si j’avais su

Ah mais c’est pas vrai des trucs pareils

Vas-y

Raconte quand-même

Coupables de beauté

Les Creusates

En septembre

Rougissent

En leur bout violacé

De hauts chardons

Pourrissent

Et les oiseaux de proie

S’allongeant dans l’air pur

Lancent des cris d’amour…

Entends-tu

Ce désespoir ?

Sous le poids gris

Des murs

Le désespoir

Me tombe

Du

Ciel

Des Jeans longs qui tombent

Sur les pieds

Nus

D’un garçon


On en voit moins, là

Fait froid


Zut

Pédé je suis pédé

Genet disait

Trésor

J’ajoute

Essence

Secret de fabrication

De moi

Après tout je t’aime encore un peu

Alors c’est l’automne

Ça y est

L’automne


Je rêve

A ce rythme, l’enfance fuit

Un

Qui voudra

Ou qui voudra bien

Poser sa main

Sur moi

Un non

Deux plutôt

J’en veux plein

Des mains

Des doigts sur moi

J’en veux jusqu’à

L’ivresse

Jusque

Jusque

Un fayard

Illuminé

Comme une fenêtre

A l’aurore

Sur le trottoir un ange

Un ange d’abattoir

Battu rougi saigné


Par le vent

Lassé d’attendre

Je jette un coup d’œil

De biais

Sur tes coups

De poings

Tes coups

Ce qui est silencieux ne se voit-il pas ?



Presque un sourire

Des filaments de barbe

Gagnent son menton blanc

Des poils pubiens

Les mots de Burroughs sont : « Précis comme du fil de fer »


Tu rêves, non ?


Presque un sourire

A l’orée de son visage et


Tu rêves, non ?


Sur ses épaules un manteau gris

A chevrons


Deux ourlets rouges

Sur la nacre


Deux perles noires

Sur le lait


Non mais tu rêves encore ?


Ses douceurs

D’adolescent

Timide

Emergent d’un col sombre


Ah ce loup

Mutique

M’est une soie

Pour l’âme

Je n’ai pas de corps

S’il n’est jamais

Délimité

Par des mains étrangères


S’il n’est pas violé

Violant

S’il n’est pas

Vu

S’il n’est pas

Goûté et

S’il ne goûte pas


Ai-je un corps


Les déchirures

Les coups

Le plaisir ou les compensations onanistes

Les rhumes

L’ivresse

Les vides internes noyés de bouffes et d’alcool


J’ai un corps

J’ai un corps


J’ai besoin

De caresses

J’ai besoin qu’on me rassure

Je n’ai pas besoin de discours

Je n’ai pas besoin de vos idées

Sur la vie

Sur mon style

Je n’ai pas besoin de conseil

Ai-je besoin de vous ?

Cinéma 1

Un long couloir – les couloirs le sont – distribue sur des chambres

Elles sont vastes

Quoique sombres

Et la dernière

Est la mienne


Un garçon – est-ce toi, demandé-je – me porte dans la mezzanine

Où j’ai mon lit

Il refuse que je l’y prenne


Puis

La jolie tête

D’un voisin – ah non pas encore la jolie tête

Mais bon

Un voisin quand même –

Fait irruption

Je ne sais pas ce qu’il raconte

Il maugréé

J’essaye de le calmer

En faits je pense à

Ce garçon qui m’emmenait tout à l’heure

C’est une brute

L’autre, le voisin, il s’en va pendant que la brute

Torse nu

Velu

Jean’s usés

S’allonge sur le lit recouvert d’un dessus jaune qui se trouve

A l’entrée de ma grande chambre


La jolie tête d’un voisin se pointe alors

La voilà

La jolie tête

J’ai de la tendresse pour elle à tel point que je me demande si dans cette fiction il ne s’agit pas de celle de mon...

Frère ?

Mais non


Nous sommes vautrés sur le lit

Je caresse une jolie tête

Sur mes genoux

« Eh ! Pas les cheveux ! »

– l’adorable vient de refaire sa coiffure – petit punk

Je tends le bras

Je caresse ses bourses

C’est dingue je sais

Je le jure c’est par inadvertance

Que je lui touche les couilles

Et ça nous fait rigoler

Petit punk

Maintenant je caresse

Ses seins

Il n’aime pas trop


Les gonzesses

On ne les a pas vu

Elles se sont installées au fond de ma chambre – dont les murs sont

Désespérés

Vides – avec

Un nouveau jeu – le nouveau jeu des filles


Des milliers de puces on dirait du plastique de toutes les couleurs

Sautent en tous sens on croirait de façon anarchique

Mais la vérité est qu’elles

Se retrouvent toujours à l’intérieur du périmètre du tapis de jeu

Le tapis de jeu c’est un tapis

Luisant comme un écran

Découpé en cases égales et qui colle au sol

Et au mur

Oui au mur aussi

Car il est disposé dans l’angle


On se lève et nous on le trouve magique

Leur truc

Mais on n’a pas tout vu

Non

Le tapis se déplace


Résumons maintenant.

Les puces se transforment en gouttes d’eau

Elles forment une flaque avant de tomber en averse sous ma mezzanine dans cette grande chambre au bout du couloir d’un squatte sombre ou j’ai cru un instant te rencontrer


Et ça nous fait rire.

Cinéma 2

Ça choquerait qui

Si je tournais

Tournais

Tournais un film

Ça choquerait qui un film porno

Du cul ah ouais

Des baisers longs

Des sourires

Des muscles et du velours

De la sueur et du cul

Du désir quoi

Des queues du foutre et des trous

Ça choque qui


On n’arrive même plus à se chier sur la gueule ça choquerait se chier sur la gueule ?

Pour choquer

Faut chier

Sur les juifs

Les femmes

Les nains

Les animaux et les arabes

Alors ça choque ?

Et d’ailleurs

Je chie sur la gueule des juifs (ben ouais)

Je chie sur la gueule des femmes (mais faut pas qu’elles en profitent pour me toucher)

Je chie sur la gueule des nains (pourquoi ben parce qu’ils sont moches)

Et

Je me chie sur la gueule parce que je ne suis pas capable d’être sincère quand je dis je chie sur la gueule des

Ou alors si

J’y crois

Quand je dis

Je chie sur les dauphins massacrés du Japon

Alors là ouais

Sur leurs museaux

Ah les adorables dauphins noyés dans mon caca

Du coup je choque qui ?


Pourtant pédé

C’est pas bon

Non plus

Mais

Ça choque qui

Que je puisse

Envisager

Dévisager

Envisager

Dévisager

Un mec


La poésie c’est ça non

Deux mondes qui choquent

Le mien

Le tien

Et ça fait

De la lumière


Blanche

La lumière

Sur ta gueule


Un poète qui ne choque pas

N’est

Rien


Je choque qui là

Dans mon film d’amour

Une éjac’

Faciale

Le sperme sur tes joues

Enfante eh quoi je ne sais sèche en tous cas


Passe une langue sur mes

Lèvres

Avale

Avale

Passe

Une langue

Ici

Que je puisse

Ouvrir

L’œil


Ça choque qui

Tous ces hommes

Par amour

Qui crachent sur mon front leur sel et

Sous ma langue s’éclatent

Lâchent en rêve

Un goût

Blanc comme la lumière


Combien de bites

Pour mon bain

Ça choque ça des verges

Plein plein mes mains

Plein ma bouche

Et là ça choque qui le coup du bain de foutre

Ah oui puis des poils

Je recrache des poils de couille j’en ai tellement gobé aussi

Des couilles

On pourrait même dire que j’ai des treets

Entre les dents

C’est de la merde agglomérée avec des poils j’en ai tellement bouffé aussi

Des culs

Ah le gourmand c’est la poésie ça

C’est la poésie ?

Je sais que tu peux me jeter

En enfer

En enfer

Si tu montres

Un peu d’attache

En enfer

Je ne penserais

Qu’à toi

Pourtant une nuit je me suis réveillé

Dans la tente et dans tes bras

Pourtant un soir tu m’as dit

Viens dormir avec moi

Pourtant un jour tu m’as dit

Essuie-moi je n’y arrive pas

Pourtant tu sais

Cette nuit dans un lit que nous partagions

Je sais

J’ai entendu

Ton murmure

Et

La vérité est

Que je ne rêvais

Que de

Ça

Faire

Ça

Ce que tu me demandais


J’ai cru entendre une voix